Conférence de Marc BONNEL sur Alain COLAS

7 Oct 2026 | Évènement

Alain COLAS, le navigateur solitaire, Dinardais de cœur

Résumé de la conférence de Marc BONNEL, 21 octobre 2026

Président de l’Association Histoire et Patrimoine du pays de Dinard

Né le 16 septembre 1943 à Clamecy dans la Nièvre, Alain Colas est élevé par un père artisan faïencier réputé et rêve d’aventures et d’évasion, le nez dans ses bouquins. Celui qui « a toujours su qu’il fallait réaliser ses rêves » est un élève studieux avec un goût pour la littérature. Il s’imagine en aventurier, à l’instar de son grand-père maternel, grand voyageur.

En 1961, il obtient son baccalauréat puis étudie la littérature et l’anglais. En 1963 il découvre les plaisirs de la navigation à bord d’un kayak. Celui qui n’y connaît rien en construction de bateau apprend dans un chantier naval et construit les futurs kayaks de son club de canoë. Aujourd’hui le club porte le nom du navigateur disparu. En 1965, il postule comme chargé de cours à l’université de Sydney en Australie : il n’obtient pas le poste. En 1966 il part néanmoins à l’autre bout du monde en embarquant à bord d’un cargo. Sur place, il réussit à obtenir un contrat à la Faculté des Lettres de Sydney et devient chargé de cours à 22 ans au St-John’s College où il enseigne la littérature française. Il découvre ainsi la voile et la course au large, dans la baie de Sydney.

En 1967, il rencontre Éric Tabarly, qui dispute la Sydney-Hobart, une course de 630 milles, reliant Sydney à Hobart. Ce dernier lui propose de l’embarquer à bord de Pen Duick III, direction la Nouvelle-Calédonie. En compagnie d’Olivier de Kersauson, fidèle acolyte d’Éric, les trois hommes affrontent un cyclone tropical qui les fait dériver vers un récif coralien. Alors qu’on les annonce disparus, les trois hommes s’en sortent indemnes. Un an plus tard, fou de voile, il décide de rejoindre à Lorient Éric Tabarly, qui se prépare pour sa transatlantique en solitaire avec un multicoque expérimental géant, Pen Duick IV. De 1968 à 1969, Alain Colas participe à la saison de course au côté de Tabarly afin de se familiariser au métier de navigateur et devient par là même journaliste marin avec Olivier de Kersauson qui prend les photos. En 1970, il rachète Pen Duick IV à Tabarly, raconte ses voyages et vend des photos pour payer les premières échéances. Pour mieux appréhender son bateau, il participe à la Sydney-Hobart puis gagne Tahiti pour y écrire des reportages sur la Polynésie. Sur place, il prépare son Pen Duick pour son retour en métropole et rencontre sa compagne Téura en 1971 : ils auront trois enfants (deux fils et une fille).

Le 17 juin 1972, Alain Colas participe à la quatrième Transat anglaise, course en solitaire au départ de Plymouth, direction Newport, à bord de Pen Duick IV. Il rallie les États-Unis en 20 jours, 13 heures et 15 minutes, nouveau record (25 J, 20 heures, 33 m par Sir Thomas Lipton en 1968) qui fait de lui un héros. Éric Tabarly, son mentor, avait lui aussi participé à la Transat anglaise, décrochant la victoire lors de la 2ème édition.

Il se met alors en tête de réaliser le premier tour du monde en solitaire en multicoque à bord de Pen Duick IV, rebaptisé Manureva, « l’oiseau du voyage » en tahitien, qui a été légèrement adapté aux chantiers Gay à la Richardais pour affronter les mers de l’hémisphère sud. Il prend alors le départ de Saint-Malo à bord de son multicoque le 8 septembre 1973. Il fait une escale à Sydney et franchit le Cap Horn le 3 février 1974. Le 28 mars 1974, il est de retour à Saint-Malo, battant le record du tour du monde en solitaire en monocoque de Sir Francis Chichester de 32 jours.

En parallèle, une course autour du monde en équipage en monocoques se déroule pour la première fois, la Whitebread, à laquelle participe Tabarly. Les mauvaises langues ont alors reproché à Alain de vouloir s’attirer la couverture médiatique de la Whitebread, sans y participer. A partir de cette course prend fin l’amitié des deux hommes, d’autant plus qu’Alain Colas bénéficie des faveurs du public et qu’Éric Tabarly a dû abandonner.

En 1975, Alain Colas se lance dans la construction d’un quatre-mâts de 72 mètres de long, le Club Méditerranée, à la pointe de la technologie. Il utilise les énergies éoliennes, hydrauliques et solaires et possède un système de positionnement par satellite, un ordinateur et un fax. Il souhaite réaliser la Transat anglaise en solitaire de 1976. Le 19 mai 1975, le navigateur a la cheville droite sectionnée par le cordage d’une ancre sur Manureva. Il subit alors 22 opérations en six mois pour sauvegarder son pied. Il supervise néanmoins la construction de son quatre-mâts depuis l’hôpital de Nantes. Le 15 février 1976, le bateau est lancé à l’arsenal du Mourillon à Toulon et fait sa première sortie en mer le 21 mars 1976.

Le 5 juin 1976, Alain Colas prend le départ de la cinquième Transat anglaise en solitaire à Plymouth. Cette édition est balayée par des tempêtes sur l’Atlantique Nord qui coulent cinq navires. Club Méditerranée est touché, les drisses sont coupées. Alain décide de faire une escale technique et écope d’une pénalité de 58 heures, le comité lui reprochant l’aide d’équipiers pour hisser ses voiles lors de son arrêt. Il est rétrogradé à la 5e place. Après la course, il représente la France sur Club Méditerranée au défilé des navires sur l’Hudson pour le bicentenaire des États-Unis. De retour en France en 1976, il organise « Bienvenue à bord« , des visites et des navigations à bord de son quatre-mâts : un vif succès ! En 1980, Bernard Tapie rachètera Club Méditerranée à l’abandon :  réhabilité il sera rebaptisé le Phocéa.

En 1978, Alain Colas participe à sa dernière course et prend le départ de Saint-Malo le 5 novembre pour la première édition de la Route du Rhum. « Le bateau marche à merveille, j’ai retrouvé le contact avec Manureva… je le mène plus doucement qu’autrefois et je pense qu’il m’en sait gré… Manureva et moi faisons bonne route… Salut à toute l’équipe. » Alors qu’il passe les Açores, au large du Portugal, il envoie son dernier message radio le 16 novembre 1978. « Je suis dans l’œil du cyclone. Il n’y a plus de ciel ; tout est amalgame d’éléments, il y a des montagnes d’eau autour de moi » ? alors qu’il est en tête de la course…  Il disparaît à l’âge de 35 ans. À cette époque, les multicoques ne sont pas insubmersibles et sont construits en aluminium, plus lourd que l’eau. De nombreuses vaines recherches seront menées : on ne retrouvera ni le marin, ni de débris du bateau.

En 1979, Serge Gainsbourg écrit une chanson en hommage au navigateur disparu, la célèbre « Manureva » qui sera composée et chantée par Alain Chamfort. Plusieurs rues, bâtiments, lieux portent aujourd’hui le nom d’Alain Colas. À Dinard le maire Yvon Bourges a décerné à Alain Colas la médaille d’or de la Ville en 1974, une école élémentaire porte son nom et le Port de plaisance a été baptisé Alain Colas en 2020 par le maire Arnaud Salmon.

En ce 48ème anniversaire de sa disparition lors de la 1ère Route du Rhum, l’Association Histoire et Patrimoine du Pays de Dinard – Rance – Émeraude et le Yacht-Club de Dinard ont tenu à rendre un nouvel Hommage à Alain Colas, Dinardais de cœur, en présence de Éric Le Seney, réalisateur du film « Rêves d’Océan ».

 

Hommage à Alain Colas, Dinardais de cœur – vendredi 21 octobre – 17h – Palais des Arts Théâtre Debussy – Entrée gratuite – Vente de brochures au profit de la SNSM.                                           contact@patrimoine-dinard.fr  ☏ 06 08 51 35 96